La nuit avait été difficile, travailler avec cette chaleur ! Le soleil se levait à peine lorsqu'il arriva chez lui. Marc était veilleur de nuit, un job paisible ou il n'avait pas grand chose à faire, si ce n'est surveiller des paquets de couche-culottes et des conserves de flageolets. Il se demandait bien à quoi servait son métier dans ce lieu, mais après tout, il était payé, et il n'avait pas à s'en plaindre. A bientôt 50 ans, Marc pouvait se vanter d'avoir bien vécu. Marié et divorcé trois fois, père de quatre enfants, sans parler de ses petits-enfants, sa famille s'étendait quasiment à perte de vue. Il n'était pas méchant avec les femmes, plutôt doux et gentil, mais il ne savait pas les comprendre et aimait à se prélasser, après tout ... il avait le droit de profiter de sa vie, lui aussi. Il devait voir une femme, cet après-midi. Il pourrait passer quelques heures avec elle avant de regagner son poste. Elle était jolie, comme les autres. Puis il gardait bonne conscience en se disant que si ça lui faisait du bien, il n'avait pas à y voir le mal.

Les rues étaient sombres, encore. Il mettait du temps à se lever, ce satané soleil. Dire qu'il allait en plus l'empêcher de dormir correctement ... Malgré les années passées à exercer ce boulot, il n'arrivait pas à en prendre l'habitude. Il se plaisait à se dire qu'une fois qu'il serait à la retraite, il n'aurait pas besoin de reprendre le rythme. Un couvercle de poubelle qui tombe, Marc sursauta. C'était un chat, rien d'autre. Un chat noir. Il se prit à se dire que s'il eut été superstitieux, il se serait agenouillé pour supplier les cieux de l'épargner. Quelle bêtise.

Marc sortit ses lunettes de soleil et les enfila alors que la cime des arbres et les montagnes et collines alentours n'étaient plus assez imposantes pour empêcher les rayons du renouveau du soleil de l'atteindre. Les ombres s'étalaient à présent sur des distances immenses par rapport à la taille de leur sujet, alors que quelques minutes auparavant, le ciel était brun. Marc ne se serait séparé de ce paysage pour rien au monde, c'était sa compensation du matin, alors qu'il rentrait chez lui à pied. Il aimait ça, et était heureux de pouvoir en profiter. Une goutte de bonheur dans un désir d'idéal, disait-il.

Il arrivait devant chez lui, sa maison lui plaisait, une petite baraque en bois, sans tous ces matériaux industriels qui pourrissent notre vie aujourd'hui. Il l'avait faite construire à l'époque de son premier mariage, et il vivait dedans depuis. Il ne l'avait pas construite pour elle, dans sa plus tendre enfance il n'en avait que trop bien appris sur la perfidie dont pouvaient faire preuve les femmes, lorsque sa mère était partie avec tout, les laissant lui et son père, malade, dans la misère, sans une croûte de pain pour vivre. Il l'avait faite pour lui, parce que depuis gamin c'était son rêve. C'était sa maison, son chalet. Elle était bien située, parfaitement, même. Juste assez à l'ombre pour que l'été ne l'atteigne pas trop, mais assez au soleil pour que l'hiver puisse être vécu confortablement.

A cette heure là, son chalet était plongé dans l'ombre. Il savait que malgré la canicule nocturne, il y ferait suffisamment frais pour qu'il apprécie le drap sur sa peau, une fois qu'il aurait pris sa douche, et commencerait le "repos du guerrier". Il sorti ses clés et ouvrit la porte, la fraîcheur l'envahit. C'était un délice. Malheureusement, ce fut la dernière fois qu'il sentit ce frais toucher sa gorge ... et il ne saurait jamais si c'était l'air qui emplissait ses poumons, ou sa mort l'envahissant qui lui fit ce dernier effet.

Prélude à la vie: Lire la suite !