Chacun de nous avance à son rythme, regardant les autres défiler, s'éloigner, changer, évoluer ... sans réellement le voir: c'est l'évolution de la vie, des perceptions, et des idées. Chacun ... mais aussi Tous ... Ensemble, plutôt (non, Pluto c'est le chien de mickey). On avance à notre rythme, mais pas forcément seul ... on peut avancer à deux, à trois, à quatre, ou encore plus, il suffit de s'en donner la force, et de ne pas jouer au chacun pour soi !

Lorsqu'on regarde, au bord d'une route, des voitures défiler, un vide s'opère dans notre esprit, plus rien n'existe excepté ces voitures ... excepté ces mouvements, fluides et directs, excepté ces bruits augmentant, atteignant leur sommet, puis s'atténuant peu à peu sans disparaitre, pendant qu'un autre est déjà en train d'atteindre son sommet. Lorsqu'on regarde, au bord d'un fleuve, l'eau défiler, ce n'est pas un vide qui s'opère dans notre esprit, mais une sensation de fluidité, et de liaison avec la nature ... avec le fleuve ... liaison qui est, et sera à jamais dans notre esprit, simplement parce qu'elle est présente, et nous lie à cette eau, qui coule.

Au loin, le pont est là, seulement pour l'atteindre, il faut se jeter dans cette rivière et combattre le courant qui nous emporte, nous demande de le suivre ... se battre à contre-courant pour atteindre ce pont, et éviter de se laisser aller à tomber de cette falaise. Ça y est, on vient d'atteindre l'age de nous poser des questions, et on nous jette dans ce fleuve ... Plus moyen d'en sortir, et il est temps de se lancer à la conquête de ce pont, ce fameux pont, ce pont si attirant ... Celui sur lequel on ne montera jamais, celui qu'on n'atteindra pas, qu'on ne touchera pas. Mais c'est plus fort que nous, et on nage vers ce pont, sans se poser de question sur l'intérêt de nager vers ce pont ... parce qu'il est évident, cet intérêt, il est présent, il est là, il est en nous, et on ne se pose même pas la question de savoir si ça en vaut le coup : si ça ne le valait pas, on ne serait pas là.

L'intérêt final n'est pas de toucher ce pont, de s'y accrocher, ni même de monter dessus ... simplement de le voir, le plus nettement possible, d'en être aussi près que l'on puisse, et de pouvoir lire son nom, Pont de la Bonne Heure, ou Pont du Bonheur. Vous l'aurez compris, cette histoire n'est pas sans but, et sa métaphore en est explicite. Le bonheur ne sera jamais parfait, mais il est là, parmi nous. Si on cherche à atteindre un bonheur parfait, on ne profitera jamais du bonheur partiel qui nous est donné, et plus généralement, du bonheur, tout simplement. Notre but étant d'être heureux, de profiter de ce bonheur, tel qu'en nageant dans ce fleuve de la vie dans lequel on patauge bien souvent, il faut se battre pour vivre, et non pour survivre, car lorsqu'on survit, on a déjà arrêté de vivre. Tel qu'en se rapprochant de ce pont, tel qu'en profitant des moments ou l'on arrive à y lire son nom, il faut profiter des moments de bonheur partiel qui nous sont donnés, simplement parce que, si on ne les saisit pas, on ne sera jamais heureux. Tel que le nageur ne touchera jamais ce pont, le bonheur parfait ne nous sera jamais donné.

Enfin, telle que la nage à contre courant, la vie est un combat difficile qu'il ne faut jamais abandonner.