Illusion
Faute de publier la suite de Prélude à la vie, je publie une courte nouvelle noire, « Illusion », qu’il ne faut pas hésiter à lire une deuxième fois (afin d’observer des éléments intéressants qu’on n’aurait pas vus lors de la première lecture).
Âmes sensibles, s’abstenir !
Les autres, bonne lecture
Préface
Un flingue braqué entre les deux yeux, il souriait.
Tu fous quoi là ?
L’autre ne bougeait pas un seul cil. Une vraie statue.
Je t’ai posé une question il me semble.
Il ne bougeait toujours pas. Seule la lumière se reflétant dans ses yeux variait.
Mais merde, tu vas répondre ?
Le regard et le sourire de l’autre le mettaient hors de lui. Comment un homme sur le point de mourir pouvait paraître aussi serein ? C’était impossible ! Un homme nu au plus profond d’un trou creuserait encore avec sa chair s’il s’agissait de survivre. Mais lui attendait. Si l’on pouvait parler d’attente. Il paraissait indéfiniment vide.
Ecoute, j’voulais pas faire ça, rentre chez toi et oublie moi, laisse moi me tirer de là !
Son doigt devenait nerveux sur la détente, mais sa phrase eût, sembla-t-il, l’effet voulu. Le sourire de l’autre se ternit, son regard s’emplit, puis il remua les lèvres avant qu’un murmure n’en sorte.
Je n’ai plus de chez moi. T’as perdu. Je ne peux pas te laisser partir. Le hangar sera bientôt encerclé, tu as donc le choix de presser cette détente et de fuir tant qu’il en est encore temps, ou de poser ton arme et me suivre.
La voix de l’autre se fit imposante. Il était abasourdi. C’était la première fois qu’il l’entendait parler, et il s’était de nouveau figé comme si c’eut été un rêve.
- Je … je ne peux pas faire ça !
- Alors tu sais ce qu’il te reste à faire.
Chapitre 1: Mise en boite.
Treize heures plus tôt.
Penché au dessus d’un cadavre, il observa un instant son nouveau coéquipier, blanchâtre, sur le point de tressaillir. Ces situations le laissaient presque indifférent depuis le temps, mais en regardant le jeune novice qu’on lui avait collé aux basques, il se revoyait quelques années en arrière.
L’inspecteur Malory Bernard avait toujours voulu rejoindre les rangs de la police criminelle. Jeune adolescent, il lisait déjà des bouquins de criminologie par dizaine, à tel point qu’il avait développé une empathie hors du commun. Il avait passé des soirées à rêver devant les séries américaines où des profilers résolvaient des affaires en se mettant dans la peau du criminel, et bien qu’en France cette profession n’avait aucun statut précis, il employait son empathie à résoudre les dossiers criminels qui atterrissaient sur son bureau. Il avait pour habitude de travailler seul et n’avait pas une sociabilité très développée lorsqu’il s’agissait du boulot. Il avait d’ailleurs refusé à deux reprises une promotion à laquelle se joignait une équipe à diriger. Mais ses supérieurs en avaient décidé autrement, et Léandre Petit avait surgit.
Comment est-ce que vous faites pour tenir le coup ?
Léandre pressait un mouchoir contre sa bouche et son nez. Il masquait difficilement les haut-le-cœur qui se manifestaient.
Je te souhaite fortement de ne jamais t’y habituer, je crois que c’est le signe qu’on fait ce boulot depuis trop longtemps.
Son téléphone mobile sonna. Il regarda brièvement l’écran de l’appareil avant de se résigner à prendre l’appel.
- Oui, chef ?
- Il faut que tu viennes. De suite. Tu laisses tomber l’affaire que tu viens de prendre, et tu te ramènes ici. T’as trente minutes grand maximum.
- Et le Petit ? ajouta-t-il un sourire en coin, tout en regardant Léandre
- Il peut rester sur l’affaire, tu reviens seul.
Malory resta quelques secondes dans le vide, puis regarda Léandre, perplexe.
Tu vas devoir t’occuper de ça tout seul, Petit. Je ne sais pas bien ce que le chef me veut, mais il a l’air décidé. Je te tiendrai au courant.
Alors qu’il fermait la portière de sa vieille voiture, il se demandait ce qui pouvait bien justifier son retour si soudain. Il passa le voyage à se poser des questions sur la situation possible : le patron ne lui en avait pas dit beaucoup, et il avait une fâcheuse tendance à dramatiser les situations.
Il s’arrêta dans une station en bord d’autoroute pour faire l’essence. Un pompiste lui proposa de faire le plein pour lui. Il accepta et sortit son téléphone après s’être éloigné de quelques pas. Plus de batterie. Ce n’était décidément pas sa journée.
- Excusez-moi, il y a un téléphone en libre service dans le coin ?
, lui indiqua l’homme d’un geste de la main.
- Oui, bien sûr. A coté des bombonnes de gaz
Il composa de tête le numéro de sa fille après avoir inséré une pièce. Pas de réponse. Il réitéra son appel : toujours rien. Elle devait encore être en vadrouille. Il regarda sa montre avant de décider de récupérer sa pièce. Il était fichtrement en retard ! Tant pis pour l’appel, il rechargerait son mobile au bureau.
Il avait un quart d’heure de retard quand il arriva. Le capitaine Joël Rodriguez, son patron, s’approcha, son ventre bedonnant et son crâne toujours aussi dégarni. Certains disaient que son cuir chevelu était aussi fertile que le désert : on pouvait parfois y apercevoir un cheveu, mais on se rendait vite compte que c’était un mirage.
Viens dans mon bureau, il faut qu’on discute.
Malory hocha la tête et suivit Joël sans poser de question. Une fois la porte refermée derrière lui, il regarda son chef s’installer tant bien que mal dans son grand fauteuil de cuir, qui permettait à lui seul de repérer le bureau du responsable de service.
Ne me pose pas de question, dit alors ce dernier, légèrement haletant après la quête de son assise. Sors ton arme de service, ton arme d’appoint, et ta plaque, et dépose-les sur mon bureau.
Chapitre 2: Déchéance.
Assis à son bureau, qui n’était à présent plus le sien, il tenta à nouveau de joindre sa fille et tomba une fois de plus sur son répondeur. Il se délecta de sa voix douce et joyeuse quand lui ne l’était plus. Il déposa le combiné et tenta de réfréner ses larmes.
Tu comprends, tu donnes trop d’importance à ton boulot dans ta vie à tel point qu’on pourrait croire qu’il remplace ton cœur. Tu es un très bon élément, mais ça ne peut pas continuer comme ça.
Ces mots résonnaient dans sa tête. Joël ne les avait pas mâchés. Il avait laissé transparaître une certaine tristesse – ou pitié – mais ça ne changeait rien à la situation actuelle.
Il se leva, attrapa un carton et commença à mettre toutes ses affaires dedans. Il n’y prêtait plus tellement d’attention, à tel point que la vitre d’un cadre se brisa, infligeant une coupure à son doigt. Il le porta à sa bouche et, suçant délicatement la plaie qui, elle, était apparente, il regarda la photo à présent libérée. Elle souriait. Elles souriaient. Les femmes de sa vie. Sa vie.
Comment pouvait-on passer de l’extase au désespoir aussi radicalement ? Il n’avait pas eu le temps de réaliser quoi que ce soit, à tel point qu’il lui était impossible de l’accepter, et qu’il en payait les frais à présent.
Elles sont mortes, Malory. On ne peut plus rien y faire. Elles étaient au mauvais endroit, au mauvais moment, et personne n’y peut plus rien. Tu n’es pas responsable, tu comprends ? Des tas de gens sont morts à cause de catastrophes naturelles, et leurs proches n’ont eu d’autres choix que de l’accepter. Tu aurais été avec elles, tu serais mort aussi.
Il prit sa tête dans ses mains, elle lui faisait vraiment mal à présent. La résonnance de ces paroles s’accompagnait d’un larsen strident qui l’insupportait.
Il vida nonchalamment ses tiroirs, attrapa son carton et partit rapidement, sans prêter attention aux bousculades qu’il causait dans sa fuite de la réalité.
Chapitre 3: Capitulation
Il venait d’enfiler son poncho imperméable noir quand il descendit de sa chambre. La nuit était tombée et une pluie drue s’abattait à présent. Il fit quelques enjambées entre les stylos et autres paperasses glissées du carton qu’il avait jeté en arrivant, afin d’atteindre le tiroir où il rangeait celle qu’il appelait « son arme de secours ». Tout cela n’était qu’image d’une réalité disparue.
Il se rendit où tout avait commencé. Ce vieux hangar au milieu d’immenses champs de blé. Là où une tornade était passée en même temps que sur sa vie. Là où elles disparurent à jamais de son existence. Là où le mot « vie » perdit tout son sens.
Un homme était assis, en face, et le regardait. Il saisit son arme, s’approcha et lui colla au niveau des sinus.
Tu fous quoi là ?
L’autre ne répondit pas. Seul un sourire restait figé sur son visage, comme immortel.
Je t’ai posé une question il me semble.
Rien.
Mais merde, tu vas répondre ?
Plus le temps passait, plus il s’énervait. Il n’avait plus rien à perdre, lui, mais cet homme, pourquoi paraissait-il si vide et souriant ?
Écoute, j’voulais pas faire ça, rentre chez toi et oublie moi, laisse moi me tirer de là !
Se tirer … C’était mot pour mot ce qu’il voulait. Plus rien ne devait compter, il devait apprendre à vivre sans aucune attache, après que ses maintiens aient cédés. Il devait faire son deuil ici. Mais tout était si noir …
Je n’ai plus de chez moi. T’as perdu. Je ne peux pas te laisser partir. Le hangar sera bientôt encerclé, tu as donc le choix de presser cette détente et de fuir tant qu’il en est encore temps, ou de poser ton arme et me suivre.
Ces mots … Ces phrases … Cette expression sur son visage …
Un instant et tout devint limpide pour lui. Il se regardait, simplement, à cette époque où il pouvait encore sourire, à cette période où il ne les avait pas encore perdues. Il n’avait plus de chez lui … Non, son bonheur avait aujourd’hui laissé place à son amertume, et son sourire à ses pleurs.
Je … je ne peux pas faire ça !
Comment peut-on soi-même s’infliger cette épreuve ? Il n’était plus cette personne là, face à lui, mais il ne voulait pas non plus être ce qu’il était à présent.
Alors tu sais ce qu’il te reste à faire.
L’arme pointée sur sa tempe, il se regardait. Il se souriait à lui même, et ce sourire, il ne l’oublierait jamais. Il avait été heureux, et s’il ne pouvait plus l’être, il ne tenait pas non plus à rester dans le déni.
Click … Click … Boom.
8 mai 2009 à 14h58
t as raison j ia relu 2 fois mais faut dire que la 1ere fois comme d hab j ai commence par la fin apres avoir la preface :p ( on se refait pas )
en tout cas aujourd hui il fait tout gris et cette nouvelle est bien dans le ton
il n empeche que du coup j aimerais bien savoir ce qui a fait que ce mec en arrive la …
XaF
mai 8th, 2009 at 16h45
Pourtant, c’est expliqué dans le texte … ou alors tu as mal lu :p
8 mai 2009 à 14h59
+lu