Prélude à la vie – Préface (2/5): Dans l’ombre
L’ombre de nos vies est certainement ce qui peut nous qualifier de mieux. Ces parties de nous que nous cachons, volontairement ou non, au monde alentour. Ce sont elles qui en disent le plus sur nous … et pourtant, nous ne les dévoilons pas ? Peut-être est-ce le jeu de ne pas se laisser connaître …
L’ombre n’est au final, qu’une face cachée de ce qu’est ce qu’elle voile …
La nuit avait été difficile, travailler avec cette chaleur ! Le soleil se levait à peine lorsqu’il arriva chez lui. Marc était veilleur de nuit, un job paisible ou il n’avait pas grand chose à faire, si ce n’est surveiller des paquets de couche-culottes et des conserves de flageolets. Il se demandait bien à quoi servait son métier dans ce lieu, mais après tout, il était payé, et il n’avait pas à s’en plaindre. A bientôt 50 ans, Marc pouvait se vanter d’avoir bien vécu. Marié et divorcé trois fois, père de quatre enfants, sans parler de ses petits-enfants, sa famille s’étendait quasiment à perte de vue. Il n’était pas méchant avec les femmes, plutôt doux et gentil, mais il ne savait pas les comprendre et aimait à se prélasser, après tout … il avait le droit de profiter de sa vie, lui aussi. Il devait voir une femme, cet après-midi. Il pourrait passer quelques heures avec elle avant de regagner son poste. Elle était jolie, comme les autres. Puis il gardait bonne conscience en se disant que si ça lui faisait du bien, il n’avait pas à y voir le mal.
Les rues étaient sombres, encore. Il mettait du temps à se lever, ce satané soleil. Dire qu’il allait en plus l’empêcher de dormir correctement … Malgré les années passées à exercer ce boulot, il n’arrivait pas à en prendre l’habitude. Il se plaisait à se dire qu’une fois qu’il serait à la retraite, il n’aurait pas besoin de reprendre le rythme. Un couvercle de poubelle qui tombe, Marc sursauta. C’était un chat, rien d’autre. Un chat noir. Il se prit à se dire que s’il eut été superstitieux, il se serait agenouillé pour supplier les cieux de l’épargner. Quelle bêtise.
Marc sortit ses lunettes de soleil et les enfila alors que la cime des arbres et les montagnes et collines alentours n’étaient plus assez imposantes pour empêcher les rayons du renouveau du soleil de l’atteindre. Les ombres s’étalaient à présent sur des distances immenses par rapport à la taille de leur sujet, alors que quelques minutes auparavant, le ciel était brun. Marc ne se serait séparé de ce paysage pour rien au monde, c’était sa compensation du matin, alors qu’il rentrait chez lui à pied. Il aimait ça, et était heureux de pouvoir en profiter. Une goutte de bonheur dans un désir d’idéal, disait-il.
Il arrivait devant chez lui, sa maison lui plaisait, une petite baraque en bois, sans tous ces matériaux industriels qui pourrissent notre vie aujourd’hui. Il l’avait faite construire à l’époque de son premier mariage, et il vivait dedans depuis. Il ne l’avait pas construite pour elle, dans sa plus tendre enfance il n’en avait que trop bien appris sur la perfidie dont pouvaient faire preuve les femmes, lorsque sa mère était partie avec tout, les laissant lui et son père, malade, dans la misère, sans une croûte de pain pour vivre. Il l’avait faite pour lui, parce que depuis gamin c’était son rêve. C’était sa maison, son chalet. Elle était bien située, parfaitement, même. Juste assez à l’ombre pour que l’été ne l’atteigne pas trop, mais assez au soleil pour que l’hiver puisse être vécu confortablement.
A cette heure là, son chalet était plongé dans l’ombre. Il savait que malgré la canicule nocturne, il y ferait suffisamment frais pour qu’il apprécie le drap sur sa peau, une fois qu’il aurait pris sa douche, et commencerait le « repos du guerrier ». Il sorti ses clés et ouvrit la porte, la fraîcheur l’envahit. C’était un délice. Malheureusement, ce fut la dernière fois qu’il sentit ce frais toucher sa gorge … et il ne saurait jamais si c’était l’air qui emplissait ses poumons, ou sa mort l’envahissant qui lui fit ce dernier effet.
23 août 2007 à 21h43
Haha, le pauvre Marc.
Il n’a même pas pu en profiter … :’))
L’ombre peut être parfois un bon atout. (Ou pas…)
29 août 2007 à 3h32
Pas mal..
Sinon pourquoi tu conjugues bien le verbe envahir au passé simple, le verbe sentir au même temps mais que tu te rétames comme une vieille buse pour sortir ?
On va dire que ton doigt a glissé et a sauté cette touche ô combien importante pour ce petit verbe qui ne demande qu’à être bien conjugué.
: D
XaF
août 29th, 2007 at 11h26
Faute de frappe en effet, le T s’est barré de sous mon doigt, et comme je ne me relis pas … :’)
Tu dis « pas mal », je suppose donc que c’est « bien », et le jour où tu me diras « bien », je serai comblé :p
29 août 2007 à 12h48
Marc … tu me ressembles .. un peu ?
Je n’ai qu’un seul mot à dire pour résumer cette lecture: c’est …bien ! Honnêtement je trouve que tu écris bien et arrive à faire percevoir tant d’émotion en si peu de texte .. bravo et merci.
Fais gaffe tu vas me rendre mordue de lecture :p
8 septembre 2007 à 15h47
Nan, quand j’écris "pas mal", c’est que c’est "pas mal", pas que c’est "bien", sinon j’écrirais "bien". : )
XaF
septembre 10th, 2007 at 11h21
Beuh, tu bousilles mon espoir là, keupin